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Mardi 12 novembre 2013 2 12 /11 /Nov /2013 11:31

 

 

Dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire organisés par PriceMinister - Rakute, j'ai choisi de lire et de chroniquer le dernier roman de la musicienne et écrivain Nancy Huston.

 

Curieuse construction narrative que celle employée par Nancy Huston pour son dernier livre « Danse noire » publié chez Actes Sud.

Un roman écrit en joual (l'argot familier québécois), en anglais et en français selon le personnage que l'on suit et l'époque à laquelle l'histoire se déroule.

Le fil rouge de cette histoire c’est le destin atypique de Milo raconté sous forme de plans cinématographiques par son compagnon producteur. Ce sera leur dernière collaboration, Milo se meurt sur un lit d’hôpital à New York.

Le livre est construit autour de trois personnages, trois langues, trois époques, trois destins ayant pour dénominateur commun l’exil, l’abandon et la transmission.

 

1917. Neil Kerrigan, jeune irlandais issue de la bourgeoisie dublinoise. Son père le destine à la magistrature, lui rêve de poésie et de révolution. Sur le conseil du poète Yeats et suite à une rébellion contre son éducation, il quitte l’Irlande pour le Québec. Il épousera une francophone, perdra sa langue, sa culture et ses rêves.

 

1952. Awinata Johnson, jeune indienne de la tribu Crie a quitté la réserve où elle et sa famille survivent pauvrement C’est elle qui nourrit les siens en vendant son corps sur les trottoirs de Montréal. Sa misérable existence est rythmée par la cruauté des hommes et par les rêves grâce auxquels elle échappe à son quotidien sordide. Elle rencontre Declan Noirlac, fils de Neil. Vendeur à la petite semaine, il est aussi paumé qu’Awinata. Elle est la mère de Milo qu’elle abandonne dès sa naissance.

 

Aujourd’hui. Milo Noirlac est mourant. Soutenu par son compagnon Paul Schwarz, il se remémore son parcours. Les familles d’accueil, l’humiliation d’être le petit déchet humain d’une trainée indienne, les violentes corrections infligées. La rencontre salvatrice avec son grand père irlandais qui lui lèguera sa culture, ses rêves et son savoir, ses seules richesses. L’adoption d’Eugénio nouveau-né arraché à une mort certaine dans un caniveau brésilien.

 

Un livre où la musique est omniprésente. Milo ce prénom donné par son père fan du grand Miles Davis et surtout, le rythme de la Capoeira. Cet art provenant des esclaves qui dissimulaient cette lutte derrière une danse pour tromper les maitres, Milo en a fait sa philosophie. Danser pour lutter.

Les têtes de chapitres portent toutes des termes de la Capoeira : Ginga, Ladainha, Bicho Falso ...

 

J’ai abordé cette lecture avec un peu d’appréhension. Les notes de bas de pages qui traduisent des pans entiers d’anglais et d’argot québécois m’ont un peu rebuté. Mais très vite, je me suis laissée porter par ces trois destins hors normes et j’ai succombé aux rythmes envoutants de l’atabaque. Ta, ta-da Da, ta, ta-da Da

Une narration originale, un sujet universel où l’Histoire se mêle à l’histoire. Danse noire est un agréable voyage multiculturel et intemporel.

 

Danse-noire.jpg

 

Née à Calgary (Canada), Nancy Huston, qui vit à Paris, a notamment publié Cantique des plaines (1993), Instruments des ténèbres (1996, prix Goncourt des lycéens et prix du Livre Inter), L'Empreinte de l'ange (1998, grand prix des lectrices de ELLE), Professeurs de désespoir (2004), Lignes de faille (2006, prix Fémina et prix France Télévisions), Infrarouge (2010) et Reflets dans un oeil d'homme (2012)

 


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